Susan, Orual et Joy : le dossier « Lewis misogyne » rouvert, pièces en main

Un échiquier entre deux tasses de thé dans un salon des Kilns, une main de femme déplace une pièce
Un échiquier entre deux tasses de thé dans un salon des Kilns, une main de femme déplace une pièce
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Misogyne, Lewis ? L'accusation revient souvent, presque toujours à cause de Susan. Mais le même auteur a créé Orual, l'une des narratrices les plus complexes du XXe siècle, et a vécu avec Joy Davidman une égalité qu'il n'avait pas imaginée. Ouvrons le dossier, pièce par pièce.

Misogyne, Lewis ? L'accusation revient souvent, presque toujours à cause de Susan. Mais le même auteur a créé Orual, l'une des narratrices les plus complexes du XXe siècle, et a vécu avec Joy Davidman une égalité qu'il n'avait pas imaginée. Ouvrons le dossier, pièce par pièce.

  • Pièce à charge : Susan, le mariage hiérarchique, les femmes prêtres, une phrase du Père Noël.
  • Pièce à décharge : Lucy, Jill, Aravis, Polly et Orual.
  • Les femmes de sa vie : Flora, Janie Moore, Joy, et des amies intellectuelles comme Dorothy L. Sayers.
  • Une évolution visible après la rencontre avec Joy.

Pièce n° 1 : Susan

Dans La Dernière Bataille, Susan n'est « plus amie de Narnia » ; elle ne s'intéresse plus qu'aux « bas nylon, au rouge à lèvres et aux invitations ». L'écrivain Philip Pullman y a vu la condamnation d'une jeune fille qui découvre sa sexualité ; Neil Gaiman en a tiré une nouvelle, Le Problème de Susan. D'autres lecteurs rappellent que Lewis condamne non la féminité mais une obsession d'être adulte, et qu'il a écrit à un jeune lecteur que l'histoire de Susan n'était pas finie et qu'elle pourrait trouver son chemin.

Pièce n° 2 : Orual

Et puis il y a Orual, la narratrice d'Un visage pour l'éternité (1956) : une reine laide, guerrière, habile politique, qui porte plainte contre les dieux et découvre en écrivant sa propre part d'ombre. C'est l'un des personnages féminins les plus complexes de la littérature du XXe siècle, écrit par un homme, et avec l'aide d'une femme : Joy Davidman a relu et inspiré le roman.

Les autres pièces à charge

  • Le mariage. Dans Les Fondements du christianisme, Lewis défend la hiérarchie du mari dans le couple, selon une lecture traditionnelle de saint Paul.
  • Les femmes prêtres. En 1948, il publie un essai contre l'ordination des femmes, fondé sur le symbolisme liturgique plutôt que sur une infériorité des femmes, mais ses arguments choquent beaucoup aujourd'hui.
  • La guerre. Le Père Noël du Lion déclare que les batailles sont laides quand les femmes y combattent.

Les autres pièces à décharge

Les héroïnes de Lewis sont souvent les personnages les plus forts. Lucy, la plus petite, est celle qui voit Aslan quand les autres ne le voient pas, et qui a raison contre tous ; c'est elle qui guérit. Jill, d'abord peureuse, devient une éclaireuse intrépide qui tire à l'arc dans La Dernière Bataille. Aravis est une princesse en fuite qui refuse un mariage forcé, plus courageuse que Shasta. Polly est plus sensée que Digory. Des chercheuses, comme la Française Anne-Frédérique Caballero, ont montré que l'œuvre de Lewis dépasse largement les stéréotypes de son époque.

Le contexte

Lewis est un homme né en 1898, formé dans des pensionnats de garçons, des tranchées et des collèges d'Oxford réservés aux hommes, où l'on vivait entre célibataires. Les Inklings étaient un cercle exclusivement masculin. Il serait étonnant qu'il ait échappé aux préjugés de sa génération. La vraie question est ailleurs : s'en est-il contenté, ou a-t-il évolué ?

Les femmes de sa vie

  • Flora Hamilton, sa mère, diplômée de mathématiques, qui lui apprend le français et le latin. Sa mort, quand il a neuf ans, est la blessure fondatrice.
  • Janie Moore, avec qui il vit trente ans (voir « La maisonnée des Kilns »).
  • Joy Davidman, poétesse, romancière, ancienne communiste, qui l'égale en intelligence et le bat aux échecs comme en discussion.

Les amies

Lewis correspond et débat d'égal à égal avec des femmes remarquables : la romancière et traductrice de Dante Dorothy L. Sayers, qu'il admire ; la poétesse Ruth Pitter, qu'il considère comme l'un des meilleurs poètes de son temps ; sœur Penelope, religieuse anglicane de Wantage, avec qui il échange longtemps sur la théologie ; Stella Aldwinckle, fondatrice du Socratic Club qu'il préside. La philosophe Elizabeth Anscombe est la seule contradictrice dont il ait publiquement reconnu qu'elle l'avait obligé à réécrire un chapitre.

Une évolution

Beaucoup de biographes notent un changement après la rencontre avec Joy. Le Lewis des années 1940, ironique sur les femmes savantes, n'est plus tout à fait celui qui écrit Les Quatre Amours et Apprendre la mort, où il parle de sa femme comme de son égale en tout, « ma fille et ma mère, mon élève et mon maître, mon sujet et mon souverain ».

Notre verdict

Lewis n'était pas un féministe au sens moderne, et certaines de ses phrases ont mal vieilli. Mais le réduire à un misogyne serait injuste : Lucy, Aravis et Orual, ses amitiés et sa vie avec Joy disent autre chose. Le dossier reste ouvert ; à chaque lecteur de juger, textes en main.

Voir aussi

sources inspiration

  • https://www.pintswithjack.com/csl-in-france/
  • https://en.wikipedia.org/wiki/C._S._Lewis