Comment aborder Narnia ?

Une veillée de lecture près d'une vieille armoire
Une veillée de lecture près d'une vieille armoire
Lire à voix haute
  1. Accueil
  2. Comment aborder Narnia ?

Faut-il lire Narnia comme un conte, comme une parabole chrétienne, comme un classique à décortiquer ? Un peu de tout cela, mais dans un certain ordre. Quelques clés pour profiter pleinement des Chroniques, à tout âge et quelles que soient vos convictions.

Faut-il lire Narnia comme un conte, comme une parabole chrétienne, comme un classique à décortiquer ? Un peu de tout cela, mais dans un certain ordre. Quelques clés pour profiter pleinement des Chroniques, à tout âge et quelles que soient vos convictions.

  • D'abord l'histoire : Lewis voulait des contes, pas des sermons.
  • Les symboles viennent ensuite, et ne s'imposent pas.
  • Lire à voix haute, relire, et se demander quel personnage on serait.

D'abord, se laisser emporter

En 2005, juste avant la sortie du premier film, Douglas Gresham, le beau-fils de Lewis, donnait un conseil que nous avions publié sur l'ancien site (voir le texte ci-dessous) : ne cherchez pas les symboles, laissez la magie agir, et demandez-vous quel personnage vous seriez. Vingt ans plus tard, ce conseil reste le meilleur point de départ.

Lewis lui-même racontait que Narnia n'est pas né d'une idée, mais d'images : un faune sous la neige, une reine sur un traîneau, un lion superbe. Il n'avait pas, au départ, l'intention d'enseigner quoi que ce soit aux enfants. Il voulait écrire le genre de livre qu'il aimait lire. Lire Narnia comme une aventure n'est donc pas une lecture « au rabais » : c'est la lecture première, celle que l'auteur a voulue.

Un conte pour tous les âges

Lewis tenait à une idée qu'il a formulée en 1952 : une histoire pour enfants que seuls les enfants peuvent apprécier est une mauvaise histoire pour enfants. Il ne s'agit pas de deux lectures séparées, une pour les petits et une pour les grands. Le même livre se lit à huit ans comme une aventure, à quinze ans comme une histoire de courage et de loyauté, à quarante ans comme une méditation sur le pardon, la peur de grandir ou la mort. C'est pourquoi les adultes qui relisent Narnia sont souvent surpris : le livre a grandi avec eux.

Les niveaux de lecture

On peut se promener dans Narnia à plusieurs étages, sans jamais être obligé de monter jusqu'en haut.

  • L'aventure : des enfants ordinaires, un monde merveilleux, des dangers, des batailles, des amitiés.
  • Le monde : une géographie, une histoire de 2 555 ans, des peuples, des langues de bêtes. Les cartes et la chronologie du site aident à s'y repérer.
  • Le chemin moral : la trahison et le pardon d'Edmund, l'orgueil de Bree, l'égoïsme d'Eustache changé en dragon, la persévérance têtue de Puddlegum. Les personnages changent, et le lecteur avec eux.
  • La littérature : Lewis était un grand savant du Moyen Âge. Il a semé ses livres de mythes grecs et nordiques, de chevalerie, de voyages merveilleux à la manière des récits irlandais, de souvenirs de Platon, de Dante ou de Spenser.
  • La dimension spirituelle : Aslan, sa mort et sa résurrection, la création chantée, la fin du monde. Pour le lecteur chrétien, les échos sont évidents. Pour les autres, ils restent une belle histoire de sacrifice et d'espérance.

Lire la dimension chrétienne, sans tout décoder

Lewis refusait que l'on parle d'allégorie. Il préférait le mot « supposition » : supposons un monde de bêtes parlantes où le Fils de Dieu viendrait sous la forme d'un lion. Ce n'est pas un code secret où chaque élément cacherait une signification. C'est une histoire qui, de temps en temps, fait résonner une autre histoire.

Vers la fin de sa vie, en 1961, Lewis a résumé pour une jeune lectrice le thème de chaque livre : la création et l'entrée du mal dans Le Neveu du magicien, la crucifixion et la résurrection dans L'Armoire magique, la conversion d'un païen dans Le Cheval et son écuyer, la restauration de la vraie religion après une corruption dans Le Prince Caspian, la vie spirituelle dans L'Odyssée du Passeur d'Aurore, le combat permanent contre les puissances des ténèbres dans Le Fauteuil d'argent, et la venue de l'Antéchrist, la fin du monde et le Jugement dernier dans La Dernière Bataille. C'est une clé précieuse, mais tardive, donnée par l'auteur après coup. Elle n'oblige personne.

En 2005 déjà, le podcast de l'ancien site posait la question à ses auditeurs : passe-t-on à côté d'une dimension des Chroniques si l'on évite de s'intéresser à leur symbolique chrétienne ? Sans doute. Mais on peut aussi passer à côté du livre en ne voyant que cela. Notre article sur la lecture chrétienne développe ces deux écueils.

Les passages qui font débat

Aborder Narnia honnêtement, c'est aussi accepter ses zones d'ombre. Certains critiques, comme l'écrivain Philip Pullman, reprochent aux Chroniques leur vision des femmes, notamment le sort de Susan dans La Dernière Bataille, et la peinture des Calormènes, peuple du Sud aux traits orientaux souvent caricaturés. D'autres lecteurs répondent que les héroïnes de Narnia, Lucy, Jill ou Aravis, sont parmi les plus courageuses de la littérature de jeunesse de leur époque, et que le Calormène Emeth est accueilli par Aslan à la fin. Lewis lui-même écrivait à un jeune lecteur que l'histoire de Susan n'était pas finie et qu'elle avait tout le temps de changer. Ces débats sont légitimes. Ils peuvent nourrir une belle discussion en famille ou en classe.

Quelques conseils pratiques

  • Lisez à voix haute. Le narrateur s'adresse souvent directement au lecteur, comme un conteur au coin du feu. Les Chroniques sont faites pour être entendues.
  • Commencez par L'Armoire magique. Notre article sur l'ordre de lecture explique pourquoi.
  • Arrêtez-vous sur les moments de bascule : la Table brisée, le pied de Puddlegum dans le feu, la vague au bout du monde. Ce sont les cœurs battants des livres.
  • Posez la question de Douglas Gresham : si j'étais dans cette histoire, qui serais-je ? Edmund ? Susan ? Eustache ? La réponse est rarement flatteuse, et c'est ce qui la rend intéressante.
  • Relisez. Lewis pensait qu'un bon livre se reconnaît au plaisir qu'on a à le relire. Narnia supporte très bien la relecture.

Dans cette rubrique

Voir aussi

Ce qu'en disait blog.narnia.ch

  • article — articles/335-comment-apprehender-narnia.md — # Comment appréhender Narnia? *Phil — 2005-11-28* Il y a eu pas mal de débat autour du contenu « Chrétien » de Narnia. Douglas Gresham, le beau-fils de Lewis, très impliqué dans ce film nous donne sa vision : *« Certains événements et personnages pourraient êtres interprétés comme des symboles chrétiens, mais Lewis (l’auteur des Chroniques de Narnia), ne voyait pas le livre « Le lion, la Sorcière Blanche et l’armoire magique » comme un livre chrétien, bien que ces croyances ont influencé l’histoire, comme d’ailleurs tout ce qu’il a écrit. C’est au spectateur de se faire leur propre idée. Si vous désirez vraiment approcher ce film de la bonne manière, n’allez pas au cinéma en recherchant des symbolismes. Laissez la magie de Narnia vous toucher. Examinez-vous par rapport à ce qui se passe sur l’écran. Si vous étiez un des personnages, lequel seriez-vous ? Quand l’on fait ceci honnêtement, on se rend compte que l’on a de la peine à faire beaucoup mieux »* Source : Manila Bulletin, novembre 2005 (article plus en ligne) — Phil — 2005-11-28

sources inspiration

  • https://en.wikipedia.org/wiki/The_Chronicles_of_Narnia
  • https://tollelege.net/2023/08/01/the-whole-narnian-story-is-about-christ-by-c-s-lewis/