Lewis côté français : la guerre, les traductions, les lecteurs

Un jeune officier dans une tranchée enneigée, à l'aube
Un jeune officier dans une tranchée enneigée, à l'aube
Devant Arras, hiver 1917
Un réverbère solitaire dans la neige, au milieu d'un ancien champ de bataille devenu forêt
De l'Artois à Narnia
  1. Accueil
  2. C.S. Lewis
  3. Sa vie
  4. Lewis côté français : la guerre, les traductions, les lecteurs

Lewis n'a passé que cinq mois en France, mais quels mois : l'hiver 1917-1918 dans les tranchées devant Arras, une blessure à Mont-Bernanchon, des amis tués à ses côtés. Ce lien méconnu, que les historiens redécouvrent, se double d'une longue histoire de traductions où la Suisse romande a joué un rôle de premier plan. Récit.

Lewis n'a passé que cinq mois en France, mais quels mois : l'hiver 1917-1918 dans les tranchées devant Arras, une blessure à Mont-Bernanchon, des amis tués à ses côtés. Ce lien méconnu, que les historiens redécouvrent, se double d'une longue histoire de traductions où la Suisse romande a joué un rôle de premier plan. Récit.

  • Sous-lieutenant, Lewis arrive au front le 29 novembre 1917, jour de ses 19 ans, et sert dans les villages devant Arras.
  • Le 15 avril 1918, il est blessé à Mont-Bernanchon, près de Lillers, par un obus qui tue son sergent.
  • La première traduction française de Lewis, Tactique du diable, paraît en 1943 à Neuchâtel ; Narnia arrive en français en 1952.

Un jeune Irlandais dans l'armée britannique

En 1917, Clive Staples Lewis a dix-huit ans. Il vient d'être admis à University College, à Oxford, mais il n'y étudie que quelques semaines : la guerre dure, et il a décidé de s'engager. Irlandais, il n'était pas soumis à la conscription, mais il ne voulait pas s'en servir comme excuse. Il fait ses classes à Oxford même, dans un bataillon de cadets logé au Keble College. Il y partage sa chambre avec Paddy Moore, un jeune homme dont la mère, Janie, comptera beaucoup dans sa vie.

Nommé sous-lieutenant au 3e bataillon du Somerset Light Infantry, il est envoyé en France avec le 1er bataillon et arrive en première ligne le 29 novembre 1917, le jour de ses dix-neuf ans. Dans Surpris par la joie, son autobiographie, il résume son expérience en une phrase sèche : il a fait l'essentiel de son service dans les villages devant Arras, Fampoux et Monchy-le-Preux, et a été blessé à Mont-Bernanchon, près de Lillers, en avril 1918.

L'hiver dans les tranchées

Le secteur est alors relativement calme. Lewis écrira que les vrais ennemis étaient la fatigue et l'eau plus que les Allemands. En février 1918, il a ce qu'il appelle « la chance de tomber malade » : atteint de la fièvre des tranchées, il passe trois semaines « délicieuses » à l'hôpital du Tréport, sur la côte normande. Il rejoint son bataillon fin février, juste avant la grande offensive allemande du printemps.

Le 21 mars 1918, les Allemands lancent leur offensive. Paddy Moore, dans un autre régiment, est porté disparu puis déclaré mort au cours des combats de mars. Selon une promesse que les deux jeunes gens s'étaient faite, Lewis prendra soin de la mère de Paddy après la guerre. Il vivra avec Janie Moore et sa fille Maureen pendant plus de trente ans.

La blessure de Mont-Bernanchon

Mont-Bernanchon est le nom de la commune ; les biographies anglaises de Lewis parlent de « Mount Bernenchon ».

En avril, la bataille de la Lys fait rage dans le nord de la France. Le 1er Somerset Light Infantry est engagé près de Riez du Vinage, près de Mont-Bernanchon, entre Béthune et Lillers, dans le Pas-de-Calais. Le 15 avril 1918, Lewis est touché par les éclats d'un obus, très probablement anglais et tombé trop court. Il est blessé à la poitrine, au poignet gauche et à la jambe gauche. Le sergent Harry Ayres, qui se tenait à côté de lui, est tué sur le coup. Lewis lui rend un bel hommage dans Surpris par la joie : officier novice, il se disait mené par ce sergent qui était devenu pour lui presque un père. Son ami Laurence Johnson, un autre officier, meurt aussi de ses blessures.

Lewis racontera seulement deux souvenirs de ce moment : la certitude, juste après avoir été touché, qu'il ne respirait plus et allait mourir, sans éprouver ni peur ni courage. Il est soigné à Étaples, où son frère Warren, officier lui aussi en France, vient le voir, puis rapatrié en Angleterre fin mai 1918. Un éclat d'obus restera logé dans sa poitrine jusqu'en 1944.

Ce que la guerre a laissé

Lewis parlait peu de la guerre. Il disait qu'elle semblait arrivée à quelqu'un d'autre. Mais elle traverse son œuvre. Son premier livre, Spirits in Bondage (1919), un recueil de poèmes publié sous le nom de Clive Hamilton, est en partie écrit au front, et il est sombre. Plus tard, la guerre revient partout : les enfants Pevensie fuient les bombardements de Londres, Narnia connaît ses batailles, et dans Tactique du diable le jeune homme dont les démons convoitent l'âme meurt sous les bombes. Le thème du soldat fidèle jusqu'au bout, du sergent ou du roi qui se bat sans espoir, doit sans doute beaucoup à ces mois d'Artois.

Tolkien, lui, a combattu sur la Somme en 1916, à quelques dizaines de kilomètres de là. Les deux amis ne se connaissaient pas encore ; ils se rencontreront à Oxford en 1926.

Amiens, 2026 : un colloque sur Lewis et la guerre

Ce chapitre méconnu a fait l'objet d'un colloque international à l'université de Picardie Jules Verne, à Amiens, du 11 au 13 juin 2026 : War, Fellowship, and Survival in the Lives and Works of C.S. Lewis and Kindred Spirits. Le choix du lieu ne doit rien au hasard : Amiens est à environ 70 km des villages où Lewis a combattu et à moins de 40 km des champs de bataille de la Somme où s'est battu Tolkien. Organisé notamment par Suzanne Bray, de l'Université catholique de Lille, grande spécialiste française de Lewis, et par des chercheurs d'Amiens, de Belfast et des États-Unis, le colloque a réuni des universitaires de plusieurs pays, avec des visites des lieux de mémoire de la Grande Guerre. Plusieurs communications ont porté sur les archives militaires de Lewis.

Lewis et la littérature française

Lewis lisait le français. Médiéviste, il a consacré son premier grand livre savant, L'Allégorie de l'amour (1936), à l'amour courtois, né selon lui dans le Languedoc du XIe siècle, et au Roman de la Rose. Il admirait les romans de chevalerie de Chrétien de Troyes, dont on retrouve l'écho dans les rois et chevaliers de Narnia.

Narnia en français

Les francophones ont dû attendre longtemps pour lire toute la série. Le Lion, la Sorcière blanche et l'Armoire magique paraît chez Hachette en 1952, dans la collection Idéal-Bibliothèque, sous le titre Le Lion et la Sorcière blanche, traduit par Mme E.-R. Blanchet et illustré par Romain Simon. Prince Caspian suit en 1953. Puis plus rien pendant près de trente ans.

En 1980, Flammarion relance la série dans la Bibliothèque du Chat perché, sous le titre L'Armoire magique, traduit par Anne-Marie Dalmais. Suivent Le Prince Caspian (1982), Le Voyage de la « Belle Aventure » (1983) et Le Fauteuil d'argent (1984). Trois tomes manquent toujours.

À partir de 2001, Gallimard Jeunesse publie enfin les sept Chroniques en Folio Junior, dans l'ordre chronologique et avec les dessins de Pauline Baynes. L'intégrale en un volume paraît en 2005, l'année du film, sous le titre Le Monde de Narnia. Le succès est immense : en France, le film de 2005 a attiré plus de cinq millions de spectateurs en neuf semaines, comme l'annonçait l'ancien site en mars 2006.

Le rôle de la Suisse romande

La Suisse romande a été une porte d'entrée de Lewis dans le monde francophone. La toute première traduction française d'un livre de Lewis, Tactique du diable, paraît en 1943 à Neuchâtel, chez Delachaux et Niestlé, dans une traduction de B. V. Barbey. En pleine guerre, ce petit livre sur les ruses du diable arrive donc d'abord aux lecteurs suisses.

Plus tard, les éditions L'Âge d'Homme, à Lausanne, publient La Trilogie cosmique et Un visage pour l'éternité. Entre 1998 et 2005, les éditions Raphaël, au Mont-Pèlerin, au-dessus de Vevey, traduisent et publient sept livres de Lewis, dont Surpris par la joie, Le Grand Divorce et Les Quatre Amours. L'ancien site blog.narnia.ch, lancé depuis la Suisse romande en 2005, et la série d'émissions d'Espace 2 consacrée à Narnia en décembre 2005 s'inscrivent dans cette tradition.

Lewis aujourd'hui en France

Lewis reste moins connu en France que dans le monde anglophone, où il est l'un des auteurs chrétiens les plus lus du XXe siècle. Mais l'intérêt grandit. Des universitaires comme Suzanne Bray et la philosophe Irène Fernandez, autrice de Mythe, raison ardente (2005), lui ont consacré des études importantes. Les éditions Empreinte temps présent publient de nouvelles traductions, comme Miracles (2018) ou Démoncratiquement vôtre (2025). Et le film de Greta Gerwig, attendu sur Netflix le 2 avril 2027, devrait faire découvrir Narnia à une nouvelle génération de lecteurs francophones.

  • chronologie france —
    • 1917-11-29 — Lewis arrive en première ligne devant Arras, le jour de ses 19 ans (1er bataillon du Somerset Light Infantry). — Fampoux, Monchy-le-Preux (Pas-de-Calais)
    • 1918-02 — Fièvre des tranchées : trois semaines d'hôpital. — Le Tréport (Seine-Maritime)
    • 1918-02-28 — Retour au bataillon. — Artois
    • 1918-03 — Offensive allemande du printemps ; Paddy Moore est tué. — front de l'Ouest
    • 1918-04-15 — Blessé par un obus pendant la bataille de la Lys ; le sergent Harry Ayres est tué. — Mont-Bernanchon, près de Riez du Vinage, entre Béthune et Lillers (Pas-de-Calais)
    • 1918-05 — Soigné à Étaples puis rapatrié en Angleterre (fin mai). — Étaples (Pas-de-Calais)
    • 1943 — Première traduction française d'un livre de Lewis : Tactique du diable (trad. B. V. Barbey). — Neuchâtel, Delachaux et Niestlé
    • 1952 — Première traduction de Narnia : Le Lion et la Sorcière blanche (Hachette, trad. Mme E.-R. Blanchet). — Paris
    • 1953 — Prince Caspian : le retour à Narnia (Hachette). — Paris
    • 1980-1984 — Quatre Chroniques chez Flammarion (Bibliothèque du Chat perché). — Paris
    • 1998-2005 — Sept livres de Lewis traduits par les éditions Raphaël. — Le Mont-Pèlerin (Vaud)
    • 2001-2005 — Les sept Chroniques chez Gallimard Jeunesse ; intégrale Le Monde de Narnia en 2005. — Paris
    • 2005-12-21 — Sortie du film Le Monde de Narnia en France et en Suisse romande ; plus de 5 millions d'entrées en France. — France, Suisse romande
    • 2026-06-11 — Colloque international C.S. Lewis 2026 sur la guerre (11-13 juin). — Université de Picardie Jules Verne, Amiens
    • 2027-04-02 — Narnia : Le Neveu du magicien disponible sur Netflix (pas de sortie en salles en France). — France

Voir aussi

Ce qu'en disait blog.narnia.ch

  • article — articles/502-plus-de-5-millions-d-entree-pour-narnia-en-france.md — # Plus de 5 millions d'entrée pour Narnia en France! *Phil — 2006-03-04* C'est fait, 5 092 798 spectacteurs français ont vu "Le Monde de Narnia". Il a fallut 9 semaines pour y arriver. Narnia est encore à la 16ème place avec 57 130 entrées pour la semaine du 22 au 28 février. — Phil — 2006-03-04

sources inspiration

  • https://cslewis2026.sciencesconf.org/
  • https://fantastic-writers-and-the-great-war.com/war-experiences/c-s-lewis/
  • https://ochorus.com/books/c-s-lewis-a-life/8/
  • https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32382134w.public
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Tactique_du_diable
  • https://cslewiseditions.com/narniad-french/
  • https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb35144369t.public
  • https://www.noosfere.org/Livres/editionslivre.asp?numitem=12326
  • https://www.temoins.com/la-traduction-de-c-s-lewis-un-face-a-face-qui-change-la-vie/
  • https://www.decitre.fr/livres/mythe-raison-ardente-9782884820615.html