Du « Grand Coup » au professeur Kirke : les maîtres de Lewis et leurs doubles de fiction

Un adolescent sur le quai d'une gare de campagne anglaise ouvre un livre, une forêt féerique semble s'en échapper
Un adolescent sur le quai d'une gare de campagne anglaise ouvre un livre, une forêt féerique semble s'en échapper
Phantastes, mars 1916
Un vieux précepteur et un adolescent devant une maison du Surrey
Le grand logicien
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Un précepteur athée qui lui apprend à raisonner, un pasteur écossais qui « baptise son imagination », un journaliste catholique qui lui montre l'histoire autrement… Les maîtres de Lewis ne sont pas restés dans sa bibliothèque : on les retrouve, déguisés ou non, dans ses livres.

Un précepteur athée qui lui apprend à raisonner, un pasteur écossais qui « baptise son imagination », un journaliste catholique qui lui montre l'histoire autrement… Les maîtres de Lewis ne sont pas restés dans sa bibliothèque : on les retrouve, déguisés ou non, dans ses livres.

  • William T. Kirkpatrick, le logicien, devenu peut-être le professeur Kirke.
  • George MacDonald, le maître avoué, guide du narrateur dans Le Grand Divorce.
  • G.K. Chesterton, dont un raisonnement revient dans Les Fondements du christianisme.
  • Platon, cité par Kirke : « Tout est dans Platon ! »

Cet article complète « Les sources d'inspiration de Lewis » (rubrique Comprendre), consacré aux sources de Narnia, et « Les lectures préférées de Lewis ». Ici, nous cherchons où les maîtres de sa pensée sont réapparus dans sa fiction.

William T. Kirkpatrick, « le Grand Coup »

Le maître. De 1914 à 1917, Lewis vit à Great Bookham, dans le Surrey, chez l'ancien directeur d'école de son père, surnommé « The Great Knock ». Athée, rationaliste, d'une logique implacable, Kirkpatrick accueille l'adolescent à la gare en relevant une banalité sur le paysage : « Sur quoi fondez-vous cette affirmation ? » Toute conversation devient une dispute. Lewis adore. Il y apprend à penser, à lire Homère en grec, Dante en italien.

Le double. Lewis fait de son maître un portrait affectueux dans Surpris par la joie, et lui donne peut-être son nom : le professeur Digory Kirke. Quand Peter et Susan viennent lui dire que Lucy invente des histoires, le vieux professeur leur répond par un raisonnement en règle et s'étonne : « Mais qu'enseigne-t-on donc dans les écoles ? »

George MacDonald, le maître avoué

Le maître. En mars 1916, dans une gare, Lewis achète un livre au hasard : Phantastes, de l'écrivain écossais George MacDonald (1824-1905). Il dira que cette lecture a « baptisé son imagination » : il y découvre la sainteté sans savoir encore son nom. Il le considérera toute sa vie comme son maître et publiera en 1946 une anthologie de ses pensées.

Le double. MacDonald apparaît en personne, comme guide du narrateur, dans Le Grand Divorce. Et ses contes (La Princesse et le Gobelin, Au dos du vent du nord) sont parmi les ancêtres de Narnia : des enfants, des royaumes souterrains, une sagesse qui passe par le merveilleux.

G.K. Chesterton, l'histoire autrement

Le maître. Blessé en 1918, Lewis lit à l'hôpital des essais de Chesterton et le trouve drôle et bon, sans adhérer à sa foi. Vers 1925-1926, L'Homme éternel lui montre pour la première fois une vision chrétienne de l'histoire qui « avait du sens ». Il le comptera parmi les livres qui l'ont le plus marqué.

Le double. On retrouve dans Les Fondements du christianisme le célèbre raisonnement selon lequel Jésus ne peut pas être seulement un « grand moraliste », déjà esquissé par Chesterton.

Les anciens et leurs échos

  • Platon, pour l'idée que le monde visible est l'ombre d'un monde plus réel. Écho : le professeur Kirke s'exclame dans La Dernière Bataille : « Tout est dans Platon ! », au moment où les enfants découvrent un Narnia plus vrai que l'ancien.
  • Boèce, philosophe romain du VIe siècle, dont La Consolation de Philosophie accompagne Lewis toute sa vie, et que l'on retrouve dans The Discarded Image.
  • Dante, pour le cosmos ordonné et le voyage vers la lumière. Écho : le ciel peuplé de la trilogie cosmique et les étoiles vivantes de Narnia.
  • Edmund Spenser, l'auteur de La Reine des fées, son poète de prédilection, dont il est l'un des grands spécialistes. Écho : la chevalerie de Narnia.
  • Samuel Johnson, le moraliste du XVIIIe siècle, pour son bon sens et sa franchise.
  • Saint Augustin, et ce cœur « sans repos » qui annonce la « Joie ».

Les amis-maîtres

Owen Barfield, qui démolit son matérialisme ; Tolkien, qui lui montre que le mythe peut être vrai ; Charles Williams, qui lui fait sentir la présence de l'invisible. Chacun a sa page dans cette section.

La leçon des maîtres

Lewis conseillait de lire au moins un vieux livre pour trois nouveaux, parce que chaque époque a ses angles morts et que seuls les livres anciens nous permettent de voir les nôtres. En glissant ses maîtres dans ses romans, il a fait lire à des millions d'enfants, sans qu'ils s'en doutent, un peu de Platon et de MacDonald.

Voir aussi

sources inspiration

  • https://en.wikipedia.org/wiki/William_T._Kirkpatrick
  • https://en.wikipedia.org/wiki/George_MacDonald
  • https://en.wikipedia.org/wiki/C._S._Lewis