Un médiéviste chez les pulps : Lewis, Arthur C. Clarke et la querelle de l'espace



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On l'imagine en tweed, entouré de manuscrits médiévaux. Pourtant, Lewis lisait H.G. Wells et les revues bon marché, publiait dans un magazine de science-fiction américain, et a croisé le fer avec le jeune Arthur C. Clarke sur une question qui nous concerne plus que jamais : l'homme doit-il partir à la conquête des planètes ?
On l'imagine en tweed, entouré de manuscrits médiévaux. Pourtant, Lewis lisait H.G. Wells et les revues bon marché, publiait dans un magazine de science-fiction américain, et a croisé le fer avec le jeune Arthur C. Clarke sur une question qui nous concerne plus que jamais : l'homme doit-il partir à la conquête des planètes ?
- La trilogie cosmique (1938-1945), née d'un pari avec Tolkien.
- Influences : H.G. Wells, David Lindsay ; un méchant, Weston, rêveur de colonisation spatiale.
- Une correspondance vive et courtoise avec Arthur C. Clarke.
- Nouvelles publiées dans The Magazine of Fantasy and Science Fiction.
Un lecteur de pulps
Enfant, Lewis dévore les romans de H.G. Wells, Les Premiers Hommes dans la Lune en tête, et ceux de Jules Verne. Adulte, il lit les revues américaines bon marché, les pulps, avec un mélange d'enthousiasme et d'agacement : il adore l'idée d'autres mondes, déteste la vulgarité de beaucoup d'histoires. Il découvre aussi A Voyage to Arcturus (1920) de David Lindsay, un roman métaphysique étrange qui lui montre que l'on peut faire de la philosophie avec des planètes.
Le pari, et un méchant
Vers 1936, Lewis et Tolkien décident d'écrire chacun le genre d'histoire qu'ils aimeraient lire : Lewis prend l'espace, Tolkien le temps. Au-delà de la planète silencieuse (1938) en est le résultat. Lewis y répond à une idéologie qu'il croise chez certains auteurs et scientifiques : le rêve d'une humanité qui coloniserait les planètes pour se perpétuer à tout prix. Son méchant, Weston, est un physicien qui incarne ce rêve. Devant l'Oyarsa de Mars, son discours sur la survie de l'espèce sonne creux.
Une trilogie contre le vide
Les trois romans de Ransom inventent un genre hybride : science-fiction pour le décor, conte théologique pour le sens. Mars (Malacandra) est un monde ancien et sage ; Vénus (Perelandra), un paradis qui vient de naître ; la Terre (Cette hideuse puissance), la planète déchue et silencieuse, où se joue le dernier combat. Le cosmos de Lewis n'est pas un vide glacé mais un « ciel » plein de vie et de lumière, comme dans la cosmologie médiévale qu'il enseignait.
La querelle avec Arthur C. Clarke
Le jeune Arthur C. Clarke, futur auteur de 2001 : l'Odyssée de l'espace, membre de la British Interplanetary Society, est choqué par la manière dont Lewis présente les ingénieurs spatiaux. Il lui écrit en 1943. S'ensuit une correspondance courtoise et vive : Clarke défend la conquête spatiale comme une aventure noble ; Lewis craint que l'homme n'exporte dans l'espace ses guerres et sa cupidité. Ils se rencontrent dans un pub d'Oxford au début des années 1950, avec Tolkien, et se quittent amicalement, chacun sur ses positions. Leurs lettres ont été publiées en 2003.
Le théoricien et l'auteur de magazines
En 1955, à Cambridge, Lewis prononce une conférence Sur la science-fiction où il distingue plusieurs sortes d'histoires : les récits d'ingénieurs qui s'intéressent aux machines, ceux qui se servent d'un autre monde pour faire de la satire, et ceux, qu'il préfère, qui cherchent le merveilleux et le mythique. Il défend le genre contre le mépris des critiques.
Dans les années 1950, il publie deux nouvelles dans The Magazine of Fantasy and Science Fiction, la grande revue américaine du genre : The Shoddy Lands (1956) et Ministering Angels (1958), une satire sur des astronautes. En 1962, il enregistre une conversation avec les romanciers Kingsley Amis et Brian Aldiss, publiée sous le titre Unreal Estates.
Et Narnia ?
Narnia n'est pas de la science-fiction, mais il en hérite certaines questions : d'autres mondes, des temps qui s'écoulent différemment, des peuples intelligents non humains. Le Neveu du magicien, avec Oncle Andrew et ses expériences sur des cobayes, est même une petite satire du savant qui se croit au-dessus des règles, cousin de Weston.
La querelle, quatre-vingts ans plus tard
La trilogie est aujourd'hui considérée comme un classique de la science-fiction religieuse, à côté d'Un cantique pour Leibowitz de Walter M. Miller ; des auteurs comme Madeleine L'Engle ou Gene Wolfe ont dit leur dette envers Lewis. En France, Au-delà de la planète silencieuse a été publié dans la collection Folio SF.
Mais c'est la querelle avec Clarke qui paraît la plus actuelle. À l'heure où des projets privés promettent d'installer l'humanité sur Mars, les deux positions se font toujours face : l'espace comme horizon nécessaire de l'espèce, ou comme miroir de ce que nous emporterions avec nous. Lewis n'avait pas de réponse technique ; il posait une question morale, que la science-fiction d'aujourd'hui continue de poser.
Voir aussi
- Au-delà de la planète silencieuse
- Perelandra
- Cette hideuse puissance
- La Tour noire et autres histoires
- L'Image du monde (titre non traduit en français)
- Le dernier des dinosaures : un médiéviste à Oxford et Cambridge, et ce que Narnia doit à sa bibliothèque
- J.R.R. Tolkien et C.S. Lewis
- Les portails entre les mondes
- Le Neveu du magicien
sources inspiration
- https://en.wikipedia.org/wiki/Space_Trilogy
- https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Trilogie_cosmique
- https://fr.wikipedia.org/wiki/C._S._Lewis